Pertinence du « commentaire »

Hubert Letiers – décembre 2017

Auteur et lecteur sont deux spécimens étranges qui ont cette singularité de ne pouvoir exister l’un sans l’autre.

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S’il ne s’égare pas dans la risible « prétention du créateur », quand il écrit, un auteur tente généralement de faire mieux que lui-même. C’est la raison pour laquelle beaucoup de livres valent souvent mieux que leurs auteurs. Enfin je crois. Même si nous écrivons des textes convenant à notre tempérament, construire un livre sans dépassement de soi s’avère en général peu gratifiant. Sans compter qu’un lecteur sérieux est sans indulgence. Il a certes une perspicacité immédiate et un enthousiasme partial, mais il ne s’y trompe pas.

Nous vivons dans une époque aujourd’hui réglée par l’image et la vitesse ; deux faux amis de l’accomplissement littéraire. Aussi n’est-il pas inutile de rappeler qu’un auteur est d’abord un artisan. Pour passer du divertissement à la littérature et construire une bonne histoire, cet ouvrier de la plume a besoin de temps pour accorder les mots aux idées. De beaucoup de temps, page après page. On ne peut donc parler d’un livre comme si l’auteur n’y était pour rien. Ce qu’un lecteur parcourt en quelques heures tout au plus, un auteur met plusieurs mois à l’écrire ; au moins jusqu’au moment où il croit sentir qu’il ne peut plus y toucher sans l’abîmer.

Un auteur a des idées mais aussi besoin d’acquérir de la confiance. Un lecteur a des préjugés mais aussi envie qu’on les bouscule.

Rien de plus décevant pour un lecteur, que de trouver dans un texte ce qu’il y attendait.

Mais sa « responsabilité », quand une plateforme le permet, est d’en faire part à l’auteur, avec concision et sur des points précis. Qu’ils soient élogieux ou assassins, inutile de sortir la grosse28650589 - practice makes perfect crossword puzzle Bertha des superlatifs chers à un certain journalisme littéraire. Ces attributs de l’excès sont superficiels et oiseux. Ils ne veulent rien dire et laissent penser qu’on n’a pas réellement lu le livre, mais juste butiné rapidement. Ils décrédibilisent le commentaire et sont donc stériles pour l’auteur. Inutile aussi de juger un auteur par des notions un peu « terroristes » telles la sincérité, la légitimité, la nécessité, etc… C’est indécent et absurde. Le lecteur ne connaît pas la vie de l’auteur, et l’ostentation glorifiante est aussi détestable que les éternuements de méchanceté.

Rien de plus médiocre pour un auteur, que de se fondre dans un stéréotype.

Un auteur doit être au service de quelque chose de plus grand que lui, faute de quoi l’échec a gagné d’avance. Il doit accepter d’être contredit sur ses « à-peu-près », au point même d’y trouver une certaine excitation, une perspective de progrès.

Si auteur et lecteur s’accordent sur ce qui précède, ils auront ainsi l’un et l’autre le sentiment de se trouver au même endroit, ensemble et sur la bonne plateforme. Certains auteurs devraient alors parvenir à rédiger plus aisément le livre qu’ils ont envie d’écrire. Et cela sans la pression de statistiques qui ne prouvent rien… c’est d’ailleurs bien pour ça que les romans existent, non ?! Et certains lecteurs pourraient alors démontrer que l’interactivité ne se réduit pas à un outil pour contenter d’éphémères vanités.

« Enfin… c’est vous qui voyez ».

HL – 14 décembre 2017