La Saint-Valentin – funérailles d’un mythe…

Love stamp_Charlie2      Quitte à profaner vos illusions juvéniles, sachez que la Saint-Valentin… ça craint !

      De l’orgie païenne au coffret de friandises estampillé d’un Cupidon ailé, vingt siècles de propagande sentimentale vous ont ramolli le caberlot. L’heure est venue de déniaiser votre néoromantisme moisi ! Rappelez-vous… les sémillants lupanars de la Rome antique plébiscités par Lupercus, le Dieu de la fécondité. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?… De tristes homo-erectus connectés. Une tribu peuplée de simili-romantiques clonés sur d’authentiques accros aux SMS les plus salaces. Fini le temps où tu pouvais pécho la braguette béante en roucoulant, « Z’vous ai apporté des bonbons ».

      De l’ère Super-Brel, nous avons zappé dans celle des Cyber-brèles, (l’allitération étant couverte par un copyright, merci de me contacter pour toute demande de licence à usage mondain).
La vérité sur la Saint-Valentin 2.0, c’est du lourd ! Nous ne parlerons désormais plus de légende, mais bien de corollaire lyrique associé à une découverte scientifique et sociale majeure. Vous pouvez jeter aux orties toutes ces fables qui jadis sublimaient vos libidos en un salmigondis de mélopées crétines. Quant aux autres, comme l’écrirait très probablement un apôtre de Charlie, « Ils vont devoir se démerder avec ça (1)».

       Genèse du corollaire lyrique dit de la Saint-Valentin :
Au dixième siècle, le 14 février 987, un herboriste chinois, Taô-Taô (2), publia pour la première fois « Je suis charpie », véritable encyclique médicale adressée aux multipolaires en mal d’amour.
Fort des deux piliers de la pensée confucéenne que sont la bonté et la justesse, ce savant consacra deux décennies à la recherche d’une méthode salutaire pour notre bien-être passionnel ; celle du « juste rapport ». Considérant qu’au stade natif l’homme et la femme ne sont pas accordés pour partager véritablement l’un avec l’autre, (kif kif pour homo et hétéro), il développa une méthode favorisant l’extase partagée.

      Au départ, un simple postulat : qu’elle soit religieuse ou star du porno, et lui trader ou sacristain, tous deux aspirent à la luxure, voire à l’Amour meetic.com si affinités.
Satisfaire cette appétence platonique requiert une foi en l’autre sans réserves, mais implique aussi une robuste maîtrise de soi. Une exigence réflexive qui frôle l’utopie ? Absolument pas !
Pour Taô-Taô (2), l’amour et la tendresse relèvent d’un processus d’éclosion de l’humanité qui sommeille au fond de nos cœurs tout en éprouvant nos érections. Nous sommes avant tout des êtres de vie et de nature. Et ce qui importe dans cette vie, c’est la « tenue ». Un élément essentiel de la définition de l’homme, lequel doit se tenir droit entre ciel et terre. Mais pour notre taôiste émérite, c’est à cet endroit que la dignité marque le pas.

      Se tenir debout est accablant de contraintes et tout à fait contre nature. La raideur escamote toute frénésie poétique au bénéfice d’une retenue humiliante. Bref, se tenir droit est par effet très congestionnant, et cette congestion cimente la spontanéité autant qu’elle galvaude la tendresse, dans ce cas au risque de ternir subrepticement l’Amour et ruiner le coït.
Tout le génie de notre Nobel mandarin résidait dans son anticipation chop suey du précepte de Pascal – (mais non, pas Obispo ! Je parle de Blaise, l’humoriste du XVIIème avec un crayon et des cheveux) – à savoir qu’un mal cesse de l’être dès qu’on en assimile l’origine.

       Concrètement, il s’agissait pour lui d’apporter une réponse unique à deux questions distinctes : «comment détourer une sculpturale paire de fesses sans cramer notre image de courtisan pétri de sensibilité ?» Et aussi, «comment gommer cette constipation tatouée sur notre visage, en particulier dès qu’on passe en mode Casanova toutes gerbes de roses en avant ?»
Sachons reconnaître, nous les hypertrophiés du tact, qu’improviser une envolée lyrique n’a rien d’inné. Surtout quand il s’agit d’avouer à sa belle… que c’est en matant un déhanché comme le sien que Faust avait décidé de revendre au Diable tout son stock de slips kangourous.

      Et puis un jour, fusionnant ces deux interrogations avec un adage populaire selon lequel « l’Amour noue les tripes », (et non pas troue les nippes), Maître Taô-Taô comprit tout. C’est-à-dire comment vaincre ces occlusions intestines qui jusqu’alors disqualifiaient toute effusion spontanée de notre fougue sentimentale. Humaniste visionnaire avant d’être médecin-marmiton, notre phénix taiwanais souhaita d’abord associer quelques apostats de la communauté scientifique médiévale au fruit de son travail. Une initiative téméraire, mais qui permit à des cultures très différentes d’accommoder le remède avec les us et coutumes propres à chacune d’elle.

      Ainsi, le Japon, pays de la médecine préventive au service du raffinement, choisit le chocolat : des chocolats d’Amour, toujours offerts en quantités faramineuses par la femme à celui qu’elle chérit. Une élégante coutume cathartique, fixée chaque 14 février, date de la Saint-Valentin, en reconnaissance au génial gastro-entérologue de l’empire du milieu.
En France, terre patrie du paradoxe et des utopies curatives, à cette même date du calendrier grégorien, nous adoptâmes une étrange tradition hybride. Celle de la rose et du suppositoire effervescent… Un traité de haut vol entre la secte des apothicaires et la confrérie des pépiniéristes capétiens. Corollaire oblige !

      Mais au fait… le théorème de la Saint-Valentin, qu’énonçait-il ?

      « L’intensité de toute ferveur sentimentale est directement proportionnelle à la puissance laxative de ce qui la précède… »
Taô-Taô le 14 février 987

                                                                                        ***

(1) Un clin d’œil à Gérard Biard de Charlie Hebdo, pour sa magnifique chronique dans le CH du 14 janvier.

(2) Tao-Tao : « merde lui répondit l’écho ! » Hormis ce retour acoustique, je sais en réalité bien peu de choses sur ce taôiste invétéré tout droit sorti de mon irrévérencieuse imagination.