ADN 3.0

prem de couverture ADN 3-0
Policier – Publié au éditions Ex-Æquo

SynopsisParis – MDC, une agence de marketing au climat délétère – Incrédule et novice, Inès y hérite d’un dossier abscons. Celui d’une coquille vide masquant le projet sordide d’une diaspora cupide et sans état d’âme – L’agence et son staff sont pulvérisés dans une explosion couverte par la raison d’Etat – À son corps défendant, le père d’Inès devient alors acteur d’une traque meurtrière qui l’entraînera au cœur du Myanmar, (ex-Birmanie). Un pays où l’auteur a vécu 4 ans…

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Extrait nº1 

Paris – 10 octobre – 09:00 – No man’s land prémonitoire

                 – Bonjour! Je m’appelle Mathieu!… J’aurais pu devenir voyou ou tueur en série… et bien non !… Mendiant patenté et sédentaire du Métropolitain, dirons-nous!… Quelques pièces contre un sourire… Moi pour manger et avoir le sentiment d’exister… Vous pour exhumer votre humanité enfouie !… Vous savez, sourire… cette singulière fleur de bonté offerte par ceux qui conjure le mépris…  Je la cueille pour vous !

                  La voix était grave, le ton prophétique, le sourire bienveillant, le geste ample et révérencieux. Une tirade théâtrale. Plutôt grand et chétif, Mathieu était affublé d’un indescriptible patchwork. Deux émeraudes polies magnétisaient le charme androgyne d’un visage sculptural et au teint diaphane. Des ongles légèrement bitumeux gâchaient ses phalanges de pianiste. Son pas était félin, presque chorégraphique.

                 Surgi de nulle part, il s’emparait du quai « Gambetta ». Une rapide mouvance engendra la formation d’un vaste cercle vide dont il restait le centre. Ce no man’s land qui isole l’indésirable profanateur de notre égoïsme bien-pensant.

                Dans un réflexe de fuite, les regards se détournèrent, cherchant désespérément un quelconque point d’appui sans le moindre intérêt pour s’y fixer avec une feinte concentration. Céleste instant de malaise ramenant les fidèles de la RATP sur le chemin de la Foi, chacun y implorant  Saint-Métro dans l’espoir qu’une rame libératrice surgisse et le délivre de cette hérétique agression.

             Assise dans l’inconfort vinylique d’un de ces abominables sièges moulés qui bordent les quais entre des publicités criardes et bardées de slogans idiots, Inès observait la scène. Amusée mais sans émotion. La  sainte rame s’immobilisa enfin, donnant le signal de départ d’un pèlerinage aux allures de fuite. Une ruée. Elle attendit le dernier moment, et sur un quai déserté courut vers Mathieu. Elle le gratifia d’une pièce et du reliquat d’un carnet de métro. «Liberté balisée,  Egalité ruinée, Fraternité délabrée» se surprit-elle à délirer. Il croisa furtivement son regard puis, sans un mot, l’irradia d’un franc sourire. Au son du klaxon, elle bondit dans la voiture.

               Soudée à un magma de zombies suspendus sous les arceaux de mains courantes, elle avait la tête en effervescence. Elle se passait en boucle la phrase jackpot qui avait soldé son dernier entretien de recrutement une semaine auparavant : «bienvenue à bord». Mais à bord de quoi exactement ?

           C’était donc ça un entretien d’embauche ? Impossible de s’en convaincre. Toute juste diplômée des Beaux-Arts, Inès avait vingt-quatre ans, deux frères, une sœur, un chat de gouttière, et un mec peu pressé de rentrer dans la vie professionnelle, Vincent. Elle  était issue d’une famille unie, aisée mais sans richesse ni patrimoine particulier. Un père avocat international et une mère chirurgienne avaient assuré aux enfants une éducation bourgeoise dans un environnement permissif, mais dont une morale avait su fixer les limites avec souplesse.

             Quinze minutes plus tard, elle s’arrachait de la station Château d’Eau, à deux pas de MDC, la société de communication qui l’avait engagée. Essoufflée, sous tension et le ventre vide.

            – Bonjour. Je suis Inès Lormant… Je commence aujourd’hui chez MDC… j’ai rendez-vous avec Linda Vink.

          Quelques secondes s’écoulèrent. Le temps pour Inès de photographier le prénom gravé sur le badge de l’hôtesse – Claire. Dérangée en pleine hypnose devant You Tube, celle-ci gifla violement la touche pause avant de poser un regard hostile sur la nouvelle recrue.

            – Lynda… pas encore arrivée… café ?

            – Oui, ça serait sympa… ce matin c’était un peu la course et…

          D’un geste peu gracieux, Claire pointa le distributeur de boissons. En même temps qu’elle prenait une communication, elle commença à toiser Inès avec une insistance obscène. La quarantaine surbotoxée, fardée avec une truelle et parfumée avec un arrosoir, la physionomie de Claire certifiait sa complète soumission aux diktats de la cosmétique et du bodybuilding.

       « Le temps mène la vie dure aux pouffes qui veulent le tuer » marmonna Inès en posant ses lèvres sur un gobelet ébouillanté, quelque part vexée de s’être fait grossièrement remballer. La pouffe raccrocha.

         – J’vous conduis chez Michel, c’lui que vous allez remplacer… Lynda, elle arrivera plus tard.

           Inès marqua un temps d’arrêt, puis se ravisa sans rien dire. Son engagement chez MDC lui avait été présenté comme une création de poste…

 

Extrait nº.2

 

Rangoon – 17:00 heures.

        Kolcinsky était un modèle d’ordure absolue, née toutes options comprises. De celles qui, même en situation de se faire laminer sans appel, gardent une complète maîtrise de l’abject. Durant sa fuite du Grand Plazza, lors de sa rapide traversée de la Shwedagon entre deux taxis, il avait été saisi d’une inspiration machiavélique. Aller voir Desmet, le responsable de la mission économique, pour planifier sa sortie dans un baroud d’honneur aux frais de l’administration française. Cinquante millions de dollars pour ne pas renverser la soupe aux OGM  assaisonnée d’héroïne sur les bureaux de certains rédacteurs en chefs, voire sur les sets de tables de quelques magistrats aux dents déjà bien plantées dans les fesses de certains politiques.

        Desmet lui ayant dès la première seconde préfacé l’entretien en déclarant « savoir qu’il y avait un problème », par instinct, Kolcinsky stocka son chantage en mémoire. Il laissa le diplomate réciter sa fable du Ronald et le laboratoire.

         Malgré son sordide sang-froid, au fond de lui-même Kolcinsky tombait des nues. Il repassait en accéléré une succession de détails survenus depuis cinq jours. Dans l’avion qui l’avait amené jusqu’à Bangkok, il avait vérifié en tous points le CD récupéré à la gare de Lyon. C’était bien l’original. Aucune trace alertant d’uKolcinsky était un modèle d’ordure absolue, née toutes options comprises. De celles qui, même en situation de se faire laminer sans appel, gardent une complète maîtrise de l’abject. Durant sa fuite du Grand Plazza, lors de sa rapide traversée de la Shwedagon entre deux taxis, il avait été saisi d’une inspiration machiavélique. Aller voir Desmet, le responsable de la mission économique, pour planifier sa sortie dans un baroud d’honneur aux frais de l’administration française. Cinquante millions de dollars pour ne pas renverser la soupe aux OGM  assaisonnée d’héroïne sur les bureaux de certains rédacteurs en chefs, voire sur les sets de tables de quelques magistrats aux dents déjà bien plantées dans les fesses de certains politiques.ne éventuelle copie. Qu’il ait pu être analysé et connecté à un réseau lui paraissait tout aussi impossible. Certains utilitaires gravés sur ce disque étaient programmés pour dans ce cas lui envoyer un message en ligne sur plusieurs boites mails. Or, ils les avaient toutes scannées. Rien. « No new message. »

        Pourtant, sans au moins une première analyse exhaustive du contenu de ce CD, personne n’était en mesure d’extrapoler le moindre lien entre Kunlong et MDC. Par ailleurs, le disque ne contenait aucune information relative aux deux techniciens français. Encore moins sur leur assassinat. Quant à Ronald, certes l’homme de main de Kolcinsky qui avait récupéré le CD à la gare de Lyon avait pu être suivi jusqu’à Roissy sans le savoir. Mais dans le récit de Desmet, il avait compris que Ronald, à sept heures près, était arrivé en même temps que lui au Myanmar. Ce que les horaires de vols des compagnies aériennes, pour cette destination et depuis Paris, ne permettaient absolument pas.

         Il n’était sûr que d’une seule chose. Ce n’était pas les militaires birmans qui le pistaient.

         – Vous avez informé vos correspondants à Paris de la présence de cet avocat ? demanda Kolcinsky.

         – Vous voulez dire le département ?… Non, je vous l’ai dit, j’allais d’abord vous voir pour en parler.

         – Desmet, vous êtes certain que Ronald Lormant est un avocat ?

         – Complètement, oui. Il y a deux ans, lors de…

         – Ça va. C’est bon ! trancha Kolcinsky avec une méprisante froideur qui figea un instant le diplomate.

         – Mais, pourquoi vous me demandez ça ?

         – J’ai un peu de mal à croire qu’il ne soit que ça… un simple avocat.

         – Je ne lui connais pas d’autres activités… lorsqu’il est venu me voir, il a évoqué une menace pour un de ses proches.

         – Il est venu seul ? coupa une seconde fois son interlocuteur.

         – Oui… enfin à mon bureau en tout cas.

         – Vous savez dans quel hôtel il est ?

         – Non. Mais ça doit pas être très difficile à trouver… ce genre d’avocat ne dort  pas dans des guest-house de Chinatown.

         – Vous êtes nul, Desmet !

         – Ecoutez Grandier, je…

         – Fermez-là et prenez un annuaire !

       La cinquième tentative fut la bonne. « Phone call for you » chantonna la réceptionniste  dans l’oreille de Ronald. Le temps de prononcer Allo, ce dernier n’avait plus pour interlocuteur que le strident « bip-bip » d’une communication brutalement coupée.

          – Vous êtes vraiment con, Desmet ! lâcha agressivement Kolcinsky après avoir appuyé sur le contacteur de ligne du téléphone, je ne vous ai pas demandé de l’appeler, mais de vérifier s’il était inscrit à l’hôtel.

          – Et bien… au moins maintenant vous savez même qu’il est dans sa chambre.

          – Très… très… très, très con ! Bon… appelez votre maid et votre chauffeur, on va en avoir besoin.

          – Il n’y a plus personne… je devais être à Djakarta, et comme lundi c’est « Full Moon », j’ai donné deux jours au personnel.

          – Quoi ! Vous n’avez même pas de gardien, Desmet ? L’administration française écrase vos budgets ou vous êtes démago ? fit Kolcinsky d’un rire acide en s’éloignant vers la porte de sortie.

          – Qu’est-ce que vous voulez faire, Grandier ? Aller voir cet avocat ? Pour lui dire quoi ?

          – Rien ! rétorqua Kolcinsky avec une froideur macabre, il se retourna pour faire face à son interlocuteur, absolument rien du tout Desmet !

           Atteint en plein front par une balle de quarante-cinq, Desmet s’effondra sur lui-même…

 

Extrait nº.3

Dans les heures qui suivirent, tous les outils de communication reliant l’ambassade aux administrations étaient au bord de l’explosion. Un véritable volcan en éruption dans les couloirs ministériels parisiens. La nouvelle ne tarderait certainement pas à transpirer dans les médias. « Un représentant du barreau et un commissaire de police impliqués dans le meurtre d’un diplomate français à Rangoon ». L’ambassadeur spéculait déjà sur la dose d’anti-anxiolytique qu’il allait devoir s’avaler quand cette histoire allait être récupérée par quelques ONG de type GreenPeace ou Global Witness, particulièrement voraces de tout ce qui gravite dans des Etats de non-droit. Dans un pays où les investissements occidentaux sont quotidiennement arrosés au lance-flammes par les défenseurs des droits de l’homme, l’assassinat d’un chargé de mission économique français devenait un beau dossier pour raviver l’inspiration des alter mondialistes les plus virulents.

         « Vous vous rendez compte… j’ai déjeuné le jour même avec cet avocat…  je vais en prendre plein la figure » répétait-il au personnel de l’ambassade entre les divers télégrammes et appels qui pleuvaient depuis Paris. Une indécente jérémiade, sous les regards détachés d’un staff birman dépassé bien que supposé faire le lien avec quelques informateurs extérieurs. Cette population parasite et pique-assiette, toujours proche des résidences diplomatiques, et qui informe les deux camps autant qu’elle les désinforme. Ces derniers ne rapportèrent que tardivement dans la soirée, via une secrétaire birmane, l’explosion du taxi qui avait emporté l’un des deux hommes à sa sortie de l’ambassade, en début d’après-midi…

Extrait nº.4

 

Mardi 24 octobre – Sur la route de Mandalay

          Le jour pointait à peine lorsque le faisceau des phares du Land Cruiser illumina le panneau annonçant « Mandalay Division ». Il était cinq heures. Un ciel dégagé découvrait une constellation d’étoiles particulièrement lumineuses. Karl avait roulé très vite. Malgré la puissante lumière balayée sur la route par les projecteurs, la voiture avait encaissé de nombreux nids de poules, manquant à plusieurs reprises de quitter brutalement un asphalte lépreux. Ils avaient fait une brève étape carburant, à une trentaine de kilomètres au sud de Pyinmana. La nouvelle capitale, aussi appelée Ney Pyi Taw, ce qui signifie en birman « la Cité des Rois.» Des travaux pharaoniques au milieu de nulle part. Juste pour y installer, loin de tout, les ministères et le siège de la presse d’Etat. Une ruine financière pour satisfaire la folie d’un despote septuagénaire qui voulait prendre sa retraite dans un bunker de luxe, au centre géographique des différents états qui forment l’Union birmane. Pour mieux les contrôler ?  Pour s’éloigner de la mer par crainte d’une invasion étrangère ? Parce que des Fortune Teller dévoués au pouvoir l’avaient conseillé ? Ou encore, parce que Bouddha et ses disciples ne protègent pas le littoral?… Les plus fallacieuses rumeurs circulent, sans qu’aucune n’ait jamais justifié une quelconque logique à ce déménagement précipité de la capitale birmane…

Si l’envie d’assembler le puzzle vous tente, vous avez le choix entre les éditions Ex-AequoLa Fnac… (édition papier ou numérique)

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