Un polar qui fait le job précède la catastrophe

Bandeau N&B pour site HL_mai2017

Globe-trotteur impénitent, j’ai brûlé deux décennies au service de fonds d’investissement internationaux: ces bastions financiers dont les gourous pensent apprivoiser le chaos en semant des charniers sociaux sous toutes les latitudes. Voilà pourquoi j’ai fui le cynisme délétère des alcôves affairistes, et toujours préféré  le côté imprévisible du terrain. C’était peut-être aussi une façon de me préserver d’une forme de cupidité schizophrénique qui m’aurait détruit, inéluctablement.

Souvent catapulté au cœur de situations extrêmes, avec l’instinct du déraciné, je notais et mémorisais tout, sur tout, et partout. Longtemps, mon livre préféré a été mon passeport. Et puis, un jour, pris par l’envie de mettre un semblant de cohérence dans ce patrimoine de ressentis, j’ai choisi de récupérer ma douteuse condition d’être humain par l’écriture. Écrire des polars et des thrillers, c’est une façon de revisiter la société en éclairant ses coulisses. Elle comporte un risque: celui d’une collision avec le réel.

En écrivant des polars, je tente de remodeler le monde dans mon imaginaire, mais je finis toujours par ausculter ses poubelles… « Écrire est un mensonge, une comédie arbitraire… », écrivait Tolstoï au jeune Gorki, « on n’écrit pas ce qu’est la vie réelle, mais simplement ce que l’on pense de la vie même »… Dans un polar, ça se discute, non ?

En attendant, et à défaut de me vautrer dans une bonne conscience domestique, le fait d’être seul devant un clavier me donne une illusion de liberté et de puissance… Cela dit, écrire est également un travail propice pour faire le tour de soi-même.