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Ex-cadre, globe-trotteur impénitent, j’ai brûlé deux décennies de mon existence au service de fonds d’investissement internationaux. Ces bastions financiers squattés par des fous-furieux. Tous y sont convaincus qu’ils apprivoiseront le chaos en désertant ad vitam aeternam leurs propres charniers sociaux. Raison pour laquelle j’ai toujours préféré le côté imprévisible du terrain au cynisme délétère des alcôves affairistes. C’est aussi une façon de me maintenir à distance d’une forme de cupidité schizophrénique qui me détruirait, inéluctablement.

Souvent catapulté au cœur de situations extrêmes, avec l’instinct du déraciné, je notais et mémorisais tout, sur tout et partout. Un jour, j’ai éprouvé le besoin de mettre un semblant de cohérence dans cet improbable patrimoine de ressentis. J’ai finalement choisi de récupérer ma douteuse condition d’être humain par l’écriture.

Mais aujourd’hui, je me demande encore pourquoi j’écris. Si ce n’est pour comprendre pourquoi j’écris. Peut-être est-ce simplement parce que j’aime ça. À moins que ce soit pour tenter de me connaître moi-même en remodelant le monde dans mon imaginaire… Non, impossible. Quand je me relis, j’ai l’impression de zoomer sur mes poubelles. « Écrire est un mensonge, une comédie arbitraire… », écrivait Tolstoï au jeune Gorki, « on n’écrit pas ce qu’est la vie réelle, mais simplement ce que l’on pense de la vie même ».

Si je savais pourquoi j’écris, je cesserais probablement d’écrire. Alors, je me mets à espérer que personne trouvera jamais la réponse à cette question… En attendant, le fait d’être seul devant mon clavier me donne une illusion de liberté et de puissance.